Morceaux choisis :
L'université de philologie, la société internationale, les 200 universités membres, le mode de désignation du vainqueur, l'analogie avec le Nobel, le palmarès, Umberto Eco : tous les éléments de la supercherie sont distillés dans ces trois articles élogieux signés de la même journaliste, alors en poste à la locale de Montbéliard.
« Je le connaissais, je l'avais déjà interviewé, c'était quelqu'un d'identifié. J'ai lu ses livres, c'est un peu aride mais ça se tient. Je n'ai pas été vigilante, mais il n'y avait pas lieu de l'être, tu n'imagines pas que quelqu'un invente un truc pareil, se souvient, un peu embêtée, Sophie Dougnac, première d'une longue liste à s'être fait berner par Montaclair. Je me rappelle être allée sur le site de la société internationale de philologie et avoir regardé la médaille d'or, tout me semblait normal. »
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Mais voilà, après se l'être attribuée, Florent Montaclair se met en tête de décerner la médaille à d'autres. Pour lui succéder au palmarès en 2017, il choisit, en toute simplicité, Noam Chomsky. Et ça marche. L'histoire ne dit pas (encore) comment Florent Montaclair a réussi à embobiner le grand penseur et linguiste américain, toujours est-il que, le 30 novembre 2016, Noam Chomsky, alors âgé de 87 ans, débarque à Paris.
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Vient le moment d'attribuer la médaille d'or de philologie pour l'année 2018. Le choix de Florent Montaclair se porte sur un académicien roumain de 85 ans, Eugen Simion. C'est là que les choses dérapent.
Car, de l'autre côté des Carpates, la nouvelle prend vite de l'ampleur : un intellectuel roumain récompensé par l'équivalent du Nobel ? Quelle fierté ! L'information est reprise sans la moindre vérification par une partie de la presse nationale. Mais elle laisse perplexes les jeunes journalistes de Scena9, un média culturel pointu et visiblement plus scrupuleux que la concurrence. Ils s'interrogent sur cette médaille d'or de philologie dont ils n'avaient jamais entendu parler.
De l'importance de vérifier ses sources !